Entretien réalisé par Eric Favereau pour Libération

La commission parlementaire de l’Assemblée nationale va rendre publique, aujourd’hui, son rapport sur la gestion de la grippe A par les pouvoirs publics. Président de la dite commission, Jean-Christophe Lagarde, député Nouveau Centre, en détaille les grandes lignes.

Libération : Finalement, quelle note mettez-vous au gouvernement sur sa gestion de la grippe H1N1 ?

Jean-Christophe Lagarde : 10 sur 20. Ou plutôt 9. C’est-à-dire, au mieux, moyen.

Dans votre rapport, il est pourtant écrit : «Les pouvoirs publics n’ont fait – et bien fait – que leur devoir.»

Dans les commissions, c’est le rapporteur qui prend la plume, en l’occurrence Jean-Pierre Door, UMP, et non le président. Pour autant, il est exact de dire qu’il n’y a rien à reprocher au gouvernement sur la commande des 92 millions de doses de vaccins. Ce qui est critiquable, c’est le plan. Il manquait de souplesse. Enfin, il y a eu une erreur majeure : ne pas avoir associé la médecine de ville.

Reprenons, était-ce une erreur de vouloir vacciner tout le monde ?

Non. Quand la décision a été prise, c’est-à-dire à la mi-mai 2009, cela était tout à fait justifié. Il fallait, alors, réserver les lots de vaccins. On croyait encore que le virus H1N1 était méchant, et qu’il fallait un vaccin à deux doses. De ce point de vue, on ne peut pas parler d’erreur. Et, d’ailleurs, les autres pays européens ont eu la même stratégie. Le problème s’est situé, plutôt, dans la négociation avec les labos.

C’est-à-dire ?

Nous avons été très faibles dans nos négociations avec les industriels du vaccin. Mais avait-on le choix ? Au mois de mai, nous n’avions alors des contrats de réservation qu’avec deux labos [Sanofi et Novartis, ndlr]. Or le plus important, le plus avancé dans la production vaccinale, était GSK. GSK a pu fixer ses conditions. A l’avenir, il est clair que l’on doit se mettre en situation d’avoir des contrats avec le maximum de labos possibles. De plus, on peut regretter que les Etats européens n’aient pas joué collectif.

En quoi, selon vous, le plan était-il trop rigide ?

Lorsque l’on a su que le virus était peu dangereux, il fallait changer de braquet.

Comment aurait-il fallu faire ?

C’est un vaste problème de communication. Fin mai 2009, on découvre donc que le virus est moins pathogène. Les pouvoirs publics nous affirment que ce message-là n’était pas audible. Est-ce si sûr ? Il fallait l’expliquer à la population. Et, pour cela, il fallait intégrer la médecine libérale pour rester le plus possible dans un dispositif sanitaire. Cela n’a pas été le cas. Quoi qu’il en soit, l’Etat a eu une communication de type institutionnel, c’est-à-dire figée, alors qu’à l’heure Internet, tout est mouvement.

Le gouvernement a l’air, pourtant, satisfait de ce qu’il a fait…

Il a évolué dans son analyse. Dans vos colonnes, le 2 mars, le directeur de la santé, Didier Houssin, a affirmé que si c’était à refaire, il ne changerait rien. Maintenant, la ministre concède que la grande victime de cette épidémie, c’est le plan de lutte…

Vous êtes-vous interrogé sur le rôle des experts ?

Dans nos propositions, il y en a une, d’ordre législatif : les experts, comme les labos, nous demandent de légiférer pour que leurs liens soient transparents et publics. Il faut clarifier ces rapports. Reste le cas de l’Organisation mondiale de la santé. L’OMS a eu un rôle essentiel, car c’est elle qui déclenche la mobilisation. Or nous notons qu’elle se recroqueville sur elle-même. Leurs responsables ont refusé de venir en dépit de nos convocations. Je trouve cela choquant.

En définitive, la bonne nouvelle, c’est que cela a coûté moins cher que prévu.

Oui. Au final, 600 millions au lieu de 1,5 milliard d’euros.

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