Tout de go, Jean-Pierre Masseret déclarait la semaine dernière à la presse que lui et sa « vacillante » majorité s’étaient « cassés le bonnet » pour élaborer un budget régional ambitieux !

On n’ose même pas imaginer ce qu’il en aurait été si le Président du Conseil Régional de Lorraine avait fait, comme à son accoutumée, ni plus ni moins …

A la différence d’Europe Écologie-les Verts qui, bien que très critique sur certains choix opérés, n’en a pas moins voté le budget, le groupe « UMP-Nouveau Centre et apparentés » ne s’est pas laissé berner par le « consensualisme de circonstance » du Président Masseret, et n’a pas cédé non plus aux nombreux tours de passe-passe qui ont émaillé les débats et qui sont présents à toutes les pages du document budgétaire.

L’opposition a dénoncé le décalage inquiétant entre le volontarisme affiché d’une part, et la réalité des chiffres d’autre part ; preuve à l’appui :

  • -2,1% en section d’investissement
  • +6% en section de fonctionnement, avec une hausse de 32% des dépenses de communication du fait notamment de la mise en place de nouveaux outils. Les Lorraines et les Lorrains seront heureux d’apprendre que le Conseil Régional de Lorraine va enfin se doter d’une web TV !

Dans une de ses interventions, Jean-Pierre Masseret a cru bon citer le rapport 2010 de l’Observatoire du Dialogue et de l’Intelligence Sociale sur l’Etat Social de la France, lequel classe la Lorraine parmi les régions en situation de fort déséquilibre tant en termes de lien social (17ème) que de performance (22ème). Mais, le Président du Conseil Régional s’est bien gardé de dire que la Lorraine avait perdu deux places par rapport au classement 2004 …

Nous pouvons légitiment nous interroger sur la capacité de cette majorité à répondre aux enjeux et défis que doit relever notre Région, dans un contexte économique, financier et institutionnel en profonde mutation.

« Les Régions qui réussissent sont celles qui investissent dans le collectif ! » clamait Monsieur Masseret … mais, il ne suffit pas pourtant d’avoir des formules incantatoires, encore faut-il lier les paroles aux actes.

Et le budget 2011 démontre à quel point « l’investissement dans le collectif  » est peu présent :

  • une baisse de 38% des crédits consacrés au soutien à l’économie sociale et solidaire,
  • une baisse de 29% des crédits consacrés à la vie associative,
  • une baisse de 10% des crédits consacrés à la formation des demandeurs d’emploi,
  • une baisse de 17% des crédits consacrés à la recherche et à l’enseignement supérieur,
  • une baisse de 36% des crédits consacrés au développement et à l’attractivité des territoires.

Vous en conviendrez, c’est une drôle de conception de l’investissement dans le collectif !

Et, Patrick Hatzig, Vice-Président (PC), de relever que la majorité est fidèle à « l’engagement de gauche » pris au moment de la campagne des régionales de mars dernier … On croit rêver !

Un « engagement de gauche » qui se traduit par des coupes sombres, et purement scandaleuses, dans le secteur de la formation professionnelle, qui est pourtant une compétence obligatoire de la Région et pour la mise en œuvre de laquelle elle reçoit de nombreuses dotations de l’Etat.

A cet égard, Nathalie Colin-Oesterlé, très attachée à la transparence des financements et de leur utilisation, a réitéré sa demande d’avoir une meilleure identification de la part de la Dotation Générale de Décentralisation et des autres ressources dédiées à la formation, tout en fustigeant le renoncement du Conseil Régional de Lorraine dans ce secteur pourtant crucial pour le développement de notre Région :

« Je vous ai entendu, Monsieur le Président, critiquer très vertement la réduction des effectifs d’enseignants dans notre académie, réduction qui peut sembler impressionnante mais qui est de l’ordre de 3% (je rappelle que nous avons dans notre académie 34.000 enseignants), et que nous avons de surcroît une diminution du nombre d’élèves dans notre académie. Alors même s’il faut rester très prudent sur le sujet et bien se garder de toute démagogie, en sabrant le budget formation des demandeurs d’emploi de plus de 10 M€, alors que leur nombre, lui, augmente, vous allez bien plus loin que le gouvernement Monsieur Masseret, mais de manière insidieuse et dans l’indifférence générale car il est bien difficile pour eux de se faire entendre !

Vous privilégiez les actions courtes d’adaptation réservées à un public proche de l’emploi au détriment des actions longues qualifiantes et diplômantes, qui elles bénéficient aux plus éloignés de l’emploi…Ces actions courtes dont bon nombre échappe au code des marchés publics, ce qui prive de toute transparence votre action dans ce domaine…

Ce ne serait que justice sociale d’assumer ces responsabilités qui vous sont conférées par la loi. En réduisant de la sorte les possibilités de formation pour ces publics en difficulté, vous les condamnez à rester chômeurs de longue durée … Monsieur le Président, votre attitude est irresponsable. »

Autre source d’inquiétude pour le Nouveau Centre, les nouvelles modalités d’intervention du Conseil Régional de Lorraine dans le domaine du développement économique et du développement local, et notamment le recours aux appels à projets, censés rompre avec la politique de guichet et d’émiettement qui prévalait depuis 2004.

En effet, le risque est grand de voir s’accentuer les inégalités entre les porteurs de projets ou les territoires en capacité technique de répondre aux appels à projets, et ceux ne disposant pas de l’ingénierie nécessaire. Si toutes les précautions et mesures d’accompagnement ne sont pas prises en la matière, le Nouveau Centre craint que le remède soit pire que le mal !

Mais, c’est surtout le calendrier arrêté par l’exécutif régional qui nous laisse perplexe : des règlements d’intervention votés en Mars (si tout va bien …) et des appels à projets qui ne seront pas finalisés avant juin !

Alors que l’État se mobilise autour du plan de relance et des investissements d’avenir et soutient fortement les territoires en difficultés, alors que l’urgence de la situation en Lorraine exigerait au contraire une implication accrue de la collectivité régionale, son président et sa majorité ont décidé de prendre leur temps … les Lorraines et les Lorrains continueront à attendre !

Cette attitude, non dénuée de toute arrière-pensée politique, est tout bonnement irresponsable et préjudiciable pour l’avenir de notre Région, et nous la condamnons fermement ! Et les gesticulations de la majorité autour de la suppression des postes d’enseignants dans notre Académie n’auront pas réussi à masquer la pauvreté et le manque d’ambition de ce budget.

« Le triomphe de la démagogie est immédiat, mais ses ruines sont éternelles », Charles Peguy.

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