Entretien avec Nathalie Colin-Oesterlé, Présidente de la fédération de Moselle du Nouveau Centre, réalisé par Antoine Petry pour l’Est Républicain – 30 mars 2011

 

La cacophonie politique apparue à droite ces derniers jours a des échos en Lorraine. Dirigeante du Nouveau Centre, Nathalie Colin-Oesterlé met les pieds dans le plat.

Antoine Petry – Vous appelez ouvertement à « reconstruire l’UDF »…

Nathalie Colin-Oesterlé – Je le dis depuis longtemps. Le mouvement représentait le centre-droit avant d’être noyé par l’UMP, or on constate tous une fracture assez forte aujourd’hui. Le temps est venu de relancer une confédération des centres.

La fracture vous semble-t-elle irréversible ? Pourquoi ne serait-ce pas qu’un épiphénomène post-élection ?

Ah ! non, je ne crois pas. Beaucoup se sentent mal à l’UMP, ils l’ont d’ailleurs dit, le malaise est palpable.

Sur quel point cela achoppe-t-il en particulier ?

Il y a déjà une manière d’aborder les sujets. Elle est troublante : on emploie les phrases chocs mais on ne travaille pas sur les problèmes qui intéressent les gens : l’emploi, l’équité sociale, fiscale… Même sur l’immigration, on aborde mal les sujets, on dresse les Français les uns contre les autres. Ce n’est pas notre façon de concevoir la politique.

Pour votre famille politique, le problème avec l’UMP n’est-il pas d’abord un problème avec Nicolas Sarkozy ?

L’UMP, c’est clairement Nicolas Sarkozy. Pour avoir fait beaucoup de terrain pendant les régionales ou les cantonales, on voyait peu de candidats de droite s’afficher UMP vu l’impact négatif de son image… Les gens sont anti-Sarko aujourd’hui, cela ne fait aucun doute.

Y compris au sein de l’électorat de droite ?

Absolument, je vous confirme. Le problème se pose dans la manière d’aborder les sujets. Nous défendons l’idée d’une société plus apaisée. Que fait-on aujourd’hui ? On dresse les catégories les unes contre les autres : les riches contre les pauvres, le public contre le privé, les patrons contre les salariés etc. Le résultat, c’est qu’on met le pays à feu et à sang.

Politiquement, à un an de la présidentielle, n’est-ce pas risqué ?

Au vu des résultats des dernières échéances, il se crée un espace au centre droit. C’était le positionnement naturel de l’UDF, il faut y revenir.

Vous connaissez aussi les éternelles difficultés du centre à mobiliser…

Ce n’est pas le sentiment que j’ai. Ce n’était pas une famille fragilisée, et n’oublions pas que l’UDF n’a disparu qu’aux dernières élections présidentielles, lorsque Bayrou s’est positionné comme on l’a vu. C’est à ce moment-là, d’ailleurs, que j’ai quitté le mouvement. On ne voyait plus où il allait.

Le souci, c’est clairement la droitisation de l’UMP ?

Absolument. On a vu les états d’âme à l’UMP autour du « ni-ni » Il aurait au contraire fallu adopter une ligne de conduite claire : nous sommes républicains, il ne faut pas une seule voix au Front National.

La « brouille » peut-elle être passagère ?

Je n’ai pas le sentiment que les choses puissent s’arranger dans les mois qui viennent.

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