Le 06 avril dernier, Jean-Christophe LAGARDE, député-maire de Drancy, Président exécutif du Nouveau Centre, était à Metz pour parler de sécurité et nous faire partager son expérience de maire face aux problèmes de délinquance.

Pour Jean-Christophe LAGARDE, l’augmentation de la délinquance au cours des dernières décennies traduit une réalité mais surtout une évolution de la société : une société beaucoup plus urbaine qu’il y a cinquante ans et qui courre éperdument après les biens de consommation.

D’autre part, le traitement qui est fait aujourd’hui de l’information et des faits de délinquance par les médias ne permet pas à notre société de parler des questions d’insécurité avec toute la sérénité souhaitée. Un traitement qui par ailleurs stigmatise beaucoup trop certains « quartiers » et entraîne de ce fait un phénomène de discrimination.

Aujourd’hui, sur les questions de sécurité, notre société est confrontée à 2 problèmes :

* Un problème d’effectifs : le Nouveau Centre a toujours dénoncé l’application stricte de la RGPP (révision générale des politiques publiques) aux forces de police. RGPP qui a réduit à néant les efforts en matière d’effectifs initiés dès 2002 dans le cadre de la loi LOPSI 1, laquelle avait permis la création de 10.000 postes supplémentaires dans la police et la gendarmerie.

Par ailleurs, il existe un véritable problème de répartition des forces de l’ordre sur le territoire national.

Pour Jean-Christophe LAGARDE, il est nécessaire d’adapter les moyens à la carte de la délinquance : il y a 15 départements qui produisent 50% de la délinquance nationale, et qui pourraient faire l’objet d’une « sur-dotation » en moyens et effectifs.

* Un problème de méthode : la « co-production » de sécurité est devenue une nécessité. De la prévention situationnelle des forces de l’ordre à la vidéosurveillance, en passant par la prévention scolaire et sociale jusqu’à la chaîne judiciaire.

Par ailleurs, Jean-Christophe LAGARDE reconnait qu’il y a un également un problème avec la justice dans notre pays lequel ne consacre que 54€ par an et par habitant au fonctionnement de sa justice, alors que la plupart des pays européens y consacrent près du double. Comment dans ce cas ne pas déplorer l’absence de réponse judiciaire !

Sans compter l’état déplorable de nos prisons et les conditions, parfois inhumaines, de détention qui vaut à la France d’être régulièrement condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme : de 20.000 à 25.000 places restent à créer, de 70 à 75% des prisonniers qui devraient bénéficier d’un « encellulement » individuel, et nombre de prisonniers souffrant de troubles psychologiques qui ne bénéficient d’aucune mesure d’accompagnement.

Enfin, Jean-Christophe LAGARDE dénonce l’idéologie (de gauche comme de droite) qui est faite autour des questions d’insécurité :

* sur la police de proximité : la police doit être fidélisée sur son territoire. Elle doit être en mesure de bien connaître la population pour mieux intervenir et éviter d’éventuelles difficultés. Par ailleurs, il est nécessaire de laisser les forces de police s’adapter à leur territoire, en évitant par exemple d’uniformiser les méthodes d’intervention ou de surveillance. Les techniques policières doivent s’adapter à la physionomie et à la réalité des territoires.

* sur la vidéosurveillance : la vidéo reste un « outil » parmi d’autres, et est particulièrement adapté pour la surveillance d’endroits difficilement accessibles (ex. parking sous-terrain, tunnel, …). Mais, la vidéosurveillance ne constitue pas pour autant la « solution magique » que certains veulent bien décrire …

* sur la police municipale, Jean-Christophe LAGARDE a fait part de son expérience à Drancy. Une police municipale qui accepte la coordination et la complémentarité avec la police nationale, et qui se conforme, en tant que de besoins, aux instructions du responsable de la police nationale. Par ailleurs, Jean-Christophe LAGARDE estime qu’il est aujourd’hui devenu nécessaire d’armer la police municipale car celle-ci ne peut demeurer, du fait de l’uniforme, la cible des criminels. Mais, cela doit impérativement s’accompagner d’un effort substantiel de la collectivité pour former son personnel. Ainsi, à la ville de Drancy, les policiers municipaux bénéficient, une fois par mois, d’un entraînement au tir.

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